Alors, ça fait un bout de temps que je voulais vous parler d’un petit sujet sur un évènement que j’ai visité en fin d’année. Le fameux Kitroo Event du 16 décembre 2018 à l’Alliance française à Andavamamba.  Derrière ce nom qui peut paraitre barbare pour les non-initiés, se cache un concept simple : le salon des Sneakers à Madagascar. Oui, ça existe, est c’était la deuxième édition.

  1. C’est quoi un Sneaker ?

La définition de Larousse est sommaire, et (je trouve) un peu fade : « Chaussure légère, basse ou montante, à tige en toile et à semelle de caoutchouc. »

Vous me direz, non, la culture Sneaker ce n’est pas ça. Et après avoir tapoté par ci et par là, je n’ai pas trouvé une définition, mais des définitions. Je ne vais pas toutes vous les mettre ici (vous avez aussi internet non ?), mais on va se tenter un résumé. Ou un patchwork si vous voulez.

Donc, au fond, de ce que je comprends, la Sneaker est intimement liée au sport (au basketball en général), à la culture urbaine et au hip hop. Chiche. Mais pour être simple, les Sneakers sont des chaussures de sport détournées pour un usage quotidien, en ville.  Dans les années 70, le groupe Hip Hop de New York, les B.Boys, ont utilisé des chaussures de basket pour en faire un accessoire de leur panoplie de rappeur. La culture Sneakers est née.

  1. Le malgache l’appelle « tennis »

Perso, jusqu’à un certain âge (pas si lointain), tant que c’était des chaussures de sport que je pouvais mettre pour aller à l’école, j’appelai ça des tennis ou des baskets. Pourtant, beaucoup de nos parents ont déjà pleinement vécu ce phénomène des Sneakers à la fin des années 70 et au début des années 80.

Teza, un passionné de Sneakers me confirme ma théorie, en m’expliquant que pour le commun des malgaches, les Sneakers ben, ce sont des tennis. Pour Tena Izy Indrindra, qui a vécu la culture Sneakers  depuis son adolescence, les Sneakers ce sont les chaussures de sport que l’on peut aussi utiliser au quotidien. #7eonasty rejoint les deux premières définitions. Toutes les chaussures de sport pour le running ou le basketball sont des Sneakers.

  1. Une culture bien présente à Madagascar

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la culture Sneakers a dépassé le stade de phénomène de mode à Madagascar. C’est un mode de vie à part entière qui puise sa source différemment selon les passionnés.

La passion des Sneakers, #7eonasty l’a par exemple choppé par le basketball. « Je joue au basket et je suis un grand fan de la NBA. A l’époque, j’étais fan de Penny Hardaway et de Kobe Bryant, et j’adorai leurs chaussures. Je voulais les avoir » se rappelle-t-il, en soulignant qu’au fond les Sneakers sont intimement liés à la culture urbaine qui possède ses codes vestimentaires et musicaux.

« Moi j’ai eu la chance de pouvoir voyager à travers le monde dans mon enfance, y compris aux Etats unis. C’est donc un peu normal que j’ai des affinités avec la culture américaine » explique quant à lui Teza, qui est à l’origine du groupe malgache sur Facebook « Gasy Mikifa Sneakers ». Une communauté qui rassemble aujourd’hui plus de 6 500 membres.

  1. La Air Jordan, la Sneaker à avoir

S’il y a une chose que j’ai remarqué pendant le Kitroo Event, et dans les groupes de discussions, c’est que le malgache en général et friand des différents modèles d’Air Jordan. Il s’agit des chaussures « signatures » du célèbre numéro 23 des Chicago Bulls, six fois champion NBA.  Oui, elles sont belles. Après, les goûts et les couleurs ça ne se discute pas, et ce n’est pas franchement mon type. A l’exception des AJ  12 et 13 peut-être. 

Mais pourquoi  une telle passion pour les Air Jordan ? Tena Izy Indrindra estime que la légende de Michael Jordan n’est pas étrangère à cette passion quasi ultime. «Ses performances ont marqué l’esprit de beaucoup d’entre nous. Il faut comprendre que Michael Jordan, le basket et les Sneakers sont  complètement liés » explique-t-il.

« Jordan c’est Jordan, l’icône, le logo. Il a tout gagné, sur le terrain, et dans le business. Il a marqué deux générations, et c’est en grande partie grâce à lui que beaucoup de gens ont aimé le basket, la NBA et les Sneakers » estime pour sa part Teza.

  1. Une passion qui coûte cher, mais pas forcément

Du coup, c’est bien beau de vouloir acheter des Sneakers de marque. Mais comment ? N’est-ce pas onéreux ? Alors, oui et non. L’authentique n’a pas de prix, comme dirait un ami (entre les lignes, oui ça coûte son prix). Les Sneakers « signature » des grands joueurs NBA peuvent largement dépasser les 100 ou 200 euros.

Pour autant, les passionnés en sont convaincus, pas besoin d’être riche pour s’acheter des Sneakers. « Perso, je n’ai jamais acheté des Sneakers à plus de 100 euros. Et puis, pas besoin d’être riche pour s’en acheter, il y a les promotions, mais aussi les friperies » me confie Teza.

Une version que partage Tena Izy Indrindra.  «Pas besoin d’être riche pour porter des Sneakers. Il faut savoir chercher des Sneakers adaptés à ses moyens. Quand on cherche bien, que ce soit sur internet ou au marché, on peut toujours trouver des Sneakers à prix intéressant » glisse-t-il.

  1. Où trouver des Sneakers à Tana

Teza et Tena Izy Indrindra vous le diront, la mondialisation et internet ont facilité les choses. A leur époque, c’était plutôt galère, comme pour beaucoup d’ados de leur génération d’ailleurs. Tu lis les magazines de basket, tu découpes la photo des chaussures, et tu l’envoie à de la famille à l’étranger. Ou alors comme moi, tu fixes bien les chaussures, et tu pries pour les avoir (merci, ça n’a pas marché pour moi).

Mais aujourd’hui, il est facile de faire ses emplettes sur les sites de e-commerce partout dans le monde, et de faire ensuite acheminer les colis à la maison (ou ici, chez toi à Tana ou ailleurs partout à Madagascar).  Mais il existe d’autres alternatives, encore moins chers.

Parmi eux, le marché des friperies comme on en trouve un peu partout aujourd’hui dans Tana. Il y a aussi les ventes privées de Sneakers de seconde main sur internet, essentiellement sur les groupes Facebook. Après, il faut avoir l’œil pour ne pas se faire avoir, comme on dit.

  1. Le spectre de la contrefaçon

 Alors là. Même entre passionnés, le débat sur les Sneakers de contrefaçon a été, est et sera toujours houleux. C’est un débat vieux comme le monde. Les anciens y attachent d’ailleurs une importance très particulière.

« En tant qu’artiste, je suis contre les copies. Ca ruine le travail des créateurs. Toutefois, les marques devraient quand même penser aux pays pauvres et en voie de développement » explique Teza.

Tena Izy Indrindra fait aussi partie de ceux qui exècrent les copies. « Je ne préfère même pas en parler car pour moi, un vrai passionné ne consommera pas de copie, sinon sa passion sera aussi une pâle copie » clame-t-il, et recommande « il vaut mieux acheter de simples Sneakers à la hauteur de son budget, et puis on en trouve sur le marché. On peut même marchander ».

  1. Vous pouvez redonner vie à vos Sneakers

Vous avez les Sneakers de vos rêves, mais elles sont sales, ou il y a des signes d’usures. Pas de panique. Il existe des artisans locaux spécialisés en Sneakers. Il y a par exemple Feno et ses copains, qui officient sur un trottoir du côté des 67 hectares.

Avec quelques outils, ils peuvent vous raviver une semelle usée, ou remplacer la toile d’un Sneaker déchiré. Ils sont tellement bluffant qu’ils ont réussi à raccourcir une Air Jordan rétro de la pointure 46 vers une pointure 44.

D’autres gamins, dans le même secteur, se spécialisent dans le nettoyage des Sneakers. Bah oui, laver des Sneakers c’est particulier. Ils savent le faire, et ils arrivent même à redonner de la couleur. Des magiciens qui ne disent pas leur nom.

 

  1. Une communauté active à Madagascar

Je l’écrivais plus haut, une communauté de passionnés de Sneakers existe bien à Madagascar, notamment avec le groupe Facebook Gasy Mikifa Sneakers. La communauté n’est pourtant pas que virtuelle, puisque des rencontres informelles se font parfois au gré des envies et des disponibilités. Parmi ces passionnés, il y a ceux qui possèdent une centaine de paires, d’autres moins.

La communauté, aujourd’hui, n’a en tout cas rien à envier aux passionnés des pays occidentaux. De son vœu, Tena Izy Indrindra espère que l’achat de Sneakers soit plus facile dans l’avenir. « Ce serait super qu’il y ait beaucoup plus de magasins, mais qu’on ne soit plus obligé de chercher loin pour trouver  les Sneakers que l’on désire » explique-t-il.

Teza lui, verrai d’un bon œil la mise en place d’une plateforme de paiement en ligne et de livraison à Madagascar pas trop onéreux, ainsi que l’implantation de magasins officiels. « Je souhaite aussi que les malgaches se lancent dans la création de leur propre style, et pourquoi pas collaborer avec Nike, comme ce qui se fait aujourd’hui au Japon. La culture Sneakers, c’est aussi une autre façon pour le monde entier de voir Madagascar autrement » rajoute-t-il. 

 

Donc en gros

Porter des Sneakers est un art de vivre, une mode de vie qui a ses codes propres. Les passionnés vous le disent, pas besoin d’être riche pour en avoir. Comme toute chose, il faut choisir malin et avoir les yeux bien ouverts pour dénicher les bonnes affaires.

Vous pouvez en importer (merci internet et les services de livraisons internationaux), ou écumer les marchés d’Andravoahangy, d’Isotry, des 67 hectares ou d’ailleurs, car oui, on y trouve. De seconde main certes, mais parfois encore de bonne qualité, et si vous avez de la chance, vous dénicherez des modèles rares. Authentiques en prime ! Mais ouvrez l’œil, des petits malins qui ont compris l’astuce glissent de vulgaires Sneakers copies parmi les friperies. Gardez l’œil ouvert.

Maintenant, à vous de trouver les Sneakers qui vous correspondent !