Dans ces deux mots pèsent de tout son poids le fardeau découlant de plusieurs générations d’une société malgache partiarcale, dans ces deux mots qui se veulent être anodins repose l’enfer de nos 7 millions de compatriotes victimes de violence (physique, psychologique et affective et/ou sexuelle). Et, de ces deux mots, celui sur lequel se déferle toute mon indignation de descendante d’Eve n’est pas le qualificatif de « malemy » : c’est celui de « fanaka ».  Dans un pays comme le nôtre où on clame très fièrement que l’excision n’existe pas, les femmes sont encore assimilées à de vulgaires meubles.

Nous sommes les descendantes de celle par qui la vie est arrivée, celles qui la perpétuent ; nous sommes celles qui, à force d’amour et de douceur, parvenons à obtenir des plus réfractaires la quintessence de leurs personnes; nous sommes celles qui façonnons le futur à travers l’éducation de nos enfants ; nous sommes ce rocher inébranlable qui se dresse chaque jour fasse aux vents de l’adversité pour rendre chaque jour meilleur pour les êtres qui nous sont chers…

Sur l’échiquier de la vie, femmes, nous ne sommes pas la boîte qui contient les pions : nous sommes la Reine, celle qui dispose de pouvoirs quasi-illimités. Etre une femme est un immense privilège, ce n’est pas être un meuble. Et je clame haut et fort ma fierté d’être une Eve, même dans un monde (pour le moment) sculpté par et pour les Adam.

Je suis aussi la très fière maman de deux filles. A ces deux prunelles de mes yeux, je voudrais léguer un Madagascar sur lequel elles poseront  plus tard un regard fier : une terre-chérie où les femmes ne feront plus profil bas par peur du jugement masculin, un pays où chaque femme exprimera tout son potentiel pour devenir le véritable moteur du développement qu’elles sont, une île où les femmes seront reconnues pour faire rimer tête bien faite et tête bien pleine.

Femmes, et si nous commencions aujourd’hui ? Et si nous cessions d’attendre de Rakoto et de Rabe un changement utopique? Et si nous devenions les vraies artisanes de ce Madagascar que nous souhaitons pour nos filles (et fils) ? Car le changement se trouve en nous : sur l’échiquier de l’existence, femmes, nous sommes les « doers ». Laissons à ceux qui veulent encore le croire que nous sommes des « fanaka malemy »  et commençons à bâtir notre monde de demain de nos mains de fer sous nos gants de velours.

A très bientôt !