Un jour, ma fille m’a posé cette question : « Dis papa, est-ce que Madagascar est moins  pauvre aujourd’hui comparé à avant ? ». Elle a 11 ans. Ma réponse est simple et factuelle : « oui, Madagascar est moins pauvre aujourd’hui, comparé à avant » (sans ironie aucune).  De là où je suis, j’entends les dents de certains grincer, et les sourires des autres arrivés jusqu’aux oreilles.

Alors oui, je vous l’accorde, je n’ai pas fait d’études supérieures en économie, et ceux qui me connaissent savent à quel point je maudis les calculs et les mathématiques. Et par aucun hasard, je ne suis ni expert-comptable,  ni laitier, ni DJ, ni chef d’entreprise, et encore moins amiral. Mais je sais lire (enfin je crois).

Pour autant, mes bases scolaires me permettent encore (heureusement) d’avoir une capacité de lecture et d’écoute plus ou moins bonne (dans la moyenne, si vous voulez). Pour en revenir à la question de ma fille, ma réponse fait allusion au taux de pauvreté à Madagascar, dont le principal référentiel est publié périodiquement par la Banque Mondiale.

Et les analystes de la Banque Mondiale sont formels, en 2017, l’estimation du taux de pauvreté à Madagascar est de 76,42% si l’on se réfère au seuil international de pauvreté à 1,90 USD PPA (parité de pouvoir d’achat). Ce même taux était de 77,84% en 2012, ce qui nous donne (attendez je prends une calculette) une amélioration de 1,42% entre 2012 et 2017.

Du coup, si on feuillette le dictionnaire, et que l’on cherche la définition de « amélioration » et de « évolution », tout en refaisant le calcul, le fait est là : Madagascar est moins pauvre aujourd’hui comparé à 2012. Oui, évolution il y a. De 1,42% certes, mais évolution il y a. C’est statistique.

Maintenant, il faut comprendre que la Banque Mondiale a deux méthodes de mesure du seuil de pauvreté. Pour faire simple, il y a deux paliers, comme l’a expliqué ce 31 juillet 2018 à la presse Coralie Gevers responsable des opérations de la Banque mondiale à Madagascar : « le premier palier est calculé sur la base d’un seuil de pauvreté  à 1,90 USD parité de pouvoir d’achat, et le deuxième palier est calculé sur la base d’un seuil de pauvreté  à 3,10 USD parité de pouvoir d’achat ».

Concrètement, en 2017 :

  • 76,42%, c’est le seuil de pauvreté à Madagascar sur la base du palier de 1,90 USD parité de pouvoir d’achat
  • 90%, c’est le seuil de pauvreté à Madagascar sur la base du palier de 3,10 USD parité de pouvoir d’achat

Il s’agit là, bien sûr, des chiffres officiels publiés par la Banque Mondiale. Mais là encore, il faut comprendre que ces taux sont des estimations. La dernière enquête sur la pauvreté a été réalisée en 2012 et la Banque mondiale a fait des estimations sur l’impact des tendances de la croissance sur les niveaux de pauvreté à Madagascar sur une base semestrielle.

La prochaine enquête auprès des Ménages ne sera disponible qu’en 2019, et ce n’est qu’à partir de ces futurs données que la Banque Mondiale pourra savoir avec précision comment la pauvreté à Madagascar a évolué entre 2012 et 2019.

Et mon fils ainé (13 ans) qui me tance d’un coup : « si nous devions faire une quelconque comparaison, il faudra le faire dans le temps sur la même base de palier n’est-ce pas ? ». Bah, oui je pense (enfin je crois).

Autrement, pour répondre une fois de plus à la question de ma fille : « oui, Madagascar est moins pauvre aujourd’hui, comparé à avant ». Si l’on se base sur les chiffres, et la définition du mot « amélioration », bien évidemment. CQFD.

Sinon, bonne nouvelle annoncée par nos amis de la Banque Mondiale, l’incidence de pauvreté, dont le seuil est fixé à 1,90 dollar par jour, devrait baisser de 75 à 73 % entre 2018 et 2020.

PS : Depuis octobre 2015, la Banque Mondiale a procédé à une révision du seuil international de pauvreté. Le nouveau seuil, en vigueur depuis octobre 2015, se situe désormais à 1,90 dollar. Pour en savoir davantage sur la révision du seuil international de pauvreté, c’est par ici